Quel
bilan pour lannée 2003 ?
La
fin dannée est traditionnellement la période
des bilans. Le domaine des déchets, riche en actualités,
mérite que lon sy penche. Au titre des grands
faits marquants de lannée, lon peut citer entre
autre :
- la mise en place dun système de collecte pour les
piles usagées en France à partir du 1er Janvier 2003.
- lintroduction de la consigne sur les emballages boissons
à usage unique en Allemagne.
- la remise en cause de lutilisation des sacs de caisse en
supermarché, suite à ladoption par la Corse
dune interdiction de la distribution de ce type de sachets.
- la mise en place de la collecte sélective à Paris,
dernière grande ville française non dotée dun
tel système jusquà présent.
- lémergence un peu partout en France dune communication
de plus en plus explicite et systématique à propos
de lélimination des déchets (exemples : identification
explicite des bornes de dépôts sur les plages et lieux
de villégiature ; campagnes daffichage dans certaines
villes sur la verbalisation en cas dabandon de déchets
sur la voirie,
)
La démarche citoyenne est une chose, mais elle nest
hélas pas suffisante pour donner au déchet la place
qui lui revient.
Le cas des coûts externes, traité ci-dessous, nous
le montre.
Mais
que fait-on des coûts externes ?
Une mauvaise image qui
perdure
Le déchet ménager est devenu banal aux yeux du consommateur.
Peu de personnes y prête attention, car il nest généralement
ni esthétique, ni perçu comme source de valeur ou
dutilité. Il est considéré comme faisant
partie incontournable de notre vie quotidienne et a tendance être
perçu comme une fatalité. Jamais lhomme na
été aussi distant à légard du
déchet que dans la société moderne, alors que
ce dernier na certainement jamais été aussi
riche en ressources quaujourdhui. Nos déchets
regorgent de matières de qualité appréciable.
Le matériel informatique en est probablement le meilleur
exemple.
Enfin, le déchet na jamais été traité
de façon aussi inégalitaire quà ce jour,
par rapport aux ressources et matières premières naturelles
qui lui font indéniablement concurrence. La raison fondamentale
en est simple : les coûts environnementaux externes liés
à lexploitation des ressources naturelles (pollutions
diverses, réduction de la biodiversité,
) nont
jamais fait lobjet dune intégration complète
dans les prix des matières premières.
On peut y voir deux justifications :
- le caractère stratégique que revêt la politique
de lénergie et des ressources minières à
léchelle mondiale, déconnectant parfois les
prix de toute réalité économique
- les limites actuelles de la connaissance scientifique rendant
parfois aléatoire ou imprécise lévaluation
financière de certains dommages environnementaux générés
par lexploitation et la consommation dune ressource
naturelle.
Compte-tenu de ces obstacles, le comparatif entre ressources naturelles
et déchets (visant à déterminer le plus économique
des deux) ne porte bien souvent que sur la valeur marchande des
deux, ce qui fausse bien entendu toute comparaison saine et constructive,
et donne généralement lavantage aux ressources
naturelles.
Nouveau champs de recherche
Linternalisation des coûts externes est aujourdhui
lun des principaux domaines de recherche en sciences économiques
appliquées à la problématique environnementale.
Ce concept consiste à évaluer, modéliser et
intégrer dans le prix de revient dun produit ou dun
service limpact sur lenvironnement de sa fabrication
ou réalisation. Cette démarche est le point central
de lAnalyse du Cycle de Vie dun produit (cf.
Lettre Mensuelle - Avril 2003). Cest par exemple sur la
base dune telle démarche que le gouvernement allemand
tente actuellement de faire passer une loi pour lapplication
dune consigne à tous les emballages de boissons.
Lestimation des impacts environnementaux sur une activité
est bien entendu sujet à de nombreuses controverses. Quel
biologiste aujourdhui est capable daffirmer avec précision
quels sont les dommages générés par telle ou
telle activité minière sur les écosystèmes
avoisinant la mine ? Quel économiste sait traduire en terme
monétaire les préjudices portés à lenvironnement
(faune, flore) et aux populations avoisinantes ? A supposer que
lon aboutisse à une évaluation réaliste
et acceptée par tous, quelle instance officielle, nationale
ou internationale, parviendrait à définir et imposer
une répartition juste et équitable des coûts
sur les différents acteurs économiques (entreprises,
pouvoirs publics, consommateurs,
) ?
Si lexercice dévaluation des coûts externes
reste un défi, daucun nignore que ces coûts
existent, et certains spécialistes osent même prendre
position. Des responsables de lagence suédoise de lenvironnement
estiment par exemple que le recyclage ne serait pas écologiquement
favorable. En conséquence, ils préconiseraient lincinération
avec cogénération.
Vrai ou faux ?
Aussi longtemps que les coûts externes ne seront pas intégrés
dans le prix des matières premières vierges, lactivité
des déchets risque de souffrir dune comparaison basée
sur des indicateurs non comparables.
Xavier HEUDE
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